I- Jean de la Fontaine: le fabuliste à la cour du Roi Louis XIV

1- Le contexte historique

     Après la mort de Richelieu et de Louis XIII, en 1643, débute le règne de Louis XIV qui durera jusqu'en 1715, soit un règne de plus de 60 ans qui restera le plus long de toute l'histoire de France.

     A la mort de Mazarin, en 1661, Louis XIV décide de ne pas prendre de premier ministre et de gouverner seul. C'est sous son règne que la Monarchie Absolue atteint son apogée. C'est le roi qui prend seul les décisions finales en dirigeant des Conseils qui ont chacun un rôle précis: le Conseil d'en haut, le Conseil des finance, le Conseil des dépêches et le Conseil des parties. Le roi est assisté de quelques ministres d'Etat qui siègent au Conseil d'en haut: Colbert, pour les finances, et Louvois, pour l'armée, sont restés les plus célèbres. Un intendant de justice, police et fiances, dans chaque généralité, dirige l'administration et lève l'impôt au nom du roi (principalement la taille).

     Louis XIV a choisi pour emblème un soleil rayonnant sur le globe, avec pour devise latine: Nec pluribus impar, ce qui signifie " Au-dessus de tous" (comme le soleil). Il organise et fabrique les images de sa gloire militaire: tapisseries, sculptures, peintures, gravures, médailles, poésies et opéras. La vie intellectuelle est disciplinée et centralisée au service du roi. Les artistes et écrivains dépendent du roi et de son soutien financier (sous la forme de pensions distribuées par Colbert). Ils sont admis à la cour, à condition de célébrer la gloire royale. Le XVIIème siècle est le temps de l'art et de la littérature "classique' comme le théâtre de Racine et de Molière et les fables de La Fontaine.

     Au XVIIème siècle, un auteur ne put exister sans le soutien d'un puissant protecteur. Par malchance ou manque de clairvoyance, La Fontaine compromet les débuts prometteurs de sa carrière en acceptant la bienveillance du puissant Fouquet. Lorsque le Contrôleur Général des Finances paye sa liberté la somptueuse fête qu'il donne à Vaux Le Vicomte pour éblouir le Roi Soleil, La Fontaine partage, malgré lui, la déchéance de son maître. Colbert, dans un premier temps, puis le souverain en personne, ne lui pardonnent pas les années passées auprès du ministre condamné.

     Les talents artistiques de l'homme ne font pas sans doute l'unanimité à la Cour de Versailles néanmoins les admirateurs ne manquent pas. Quelques figures importantes de la Haute Aristocratie prennent fait et cause pour l'écrivain mal aimé qui n'accorde peu d'indulgence pour la société de son époque. Remarquablement précis dans ses observations, ironique et malicieux à la fois, La Fontaine aborde, dans ses fables, les défauts et les manies de ses contemporains à travers la mise en scène d'un bestiaire varié et exotiques. Du rat avare au singe hypocrite, du lion orgueilleux au renard rusé et de l'âne soumis à l'ours violent, La Fontaine expose à son lecteur sans rien en dissimuler les comportements risibles, et souvent ridicules, des hommes du XVIIème.

     Mal aimé en son temps, incompris et critiqué de ses pairs, La Fontaine est cependant devenu, au lendemain de sa mort, l'un des plus talentueux écrivains de la littérature française. Ses dizaines de fables, auxquelles pourtant il ne prêtait qu'un importance secondaire, entretiennent sa gloire posthume. Apprises et récitées par des générations d'écoliers, traduites en plusieurs langues, elles fournissent aux historiens actuels une image précieuse, quoique très souvent ironique, de la société du XVIIème.